Le point sur l’industrie canadienne du sans-fil en 2018

Discours de Robert Ghiz, président-directeur général
Sommet Telecom Canada 2018, le mardi 5 juin 2018

Je me réjouis de m’adresser à vous aujourd’hui et pour la deuxième fois à titre de président-directeur général de l’ACTS.

L’année dernière, je vous ai parlé de l’importance de premier plan de la technologie sans fil comme moteur de l’innovation. Je vous avais alors décrit un brillant avenir pour tous les secteurs de l’industrie, qui donnerait lieu à de bons emplois pour les Canadiens et assurerait une plus vaste couverture dans toutes les provinces et tous les territoires du Canada.

Ce futur, il s’appuie sur l’innovation et l’investissement continus. Ce futur, il ne sera possible que lorsque nous pourrons compter sur des politiques stables qui reconnaissent que la concurrence entre les entreprises est la meilleure stratégie qui soit pour favoriser l’investissement.

Au cours de la dernière année, il est devenu de plus en plus évident que notre industrie figure parmi les plus importantes au Canada. Toutes les autres industries canadiennes dépendent de notre infrastructure de calibre mondial.

Notre industrie est l’œuvre de grands innovateurs de l’histoire du Canada, dont les efforts continus ont permis de mettre en place des réseaux sans fil de calibre mondial à travers le Canada et qui répondent non seulement aux besoins des consommateurs, mais aussi de très nombreuses industries verticales. Pour assurer leur croissance et leur réussite, pratiquement tous les secteurs de notre économie dépendent de l’industrie canadienne du sans-fil.

Nous avons des réseaux sans fil de calibre mondial dans toutes les provinces et tous les territoires, conçus ici même au Canada et par des Canadiens. Chaque année, notre industrie emploie plus de 138 000 personnes, et génère des milliards de dollars d’investissement dans les communautés du Canada.

Prenons donc quelques instants pour faire le point sur l’état de l’industrie du sans-fil.

Notre industrie donne des résultats — pour l’économie canadienne et pour les consommateurs.

Pour s’en convaincre, il suffit de jeter un œil aux chiffres. Chaque année, de plus en plus de Canadiens se tournent vers le sans-fil — et utilisent les services sans fil dans plusieurs sphères de leur vie.

À l’heure actuelle, plus de 30 millions de Canadiens sont connectés au sans-fil. Selon les plus récentes statistiques du CRTC, plus de foyers ont des téléphones mobiles que de foyers ont une ligne terrestre[1], et plus d’un quart des foyers utilisent exclusivement les services sans fil[2].  

Et plus impressionnant encore, non seulement les Canadiens se convertissent-ils en plus grand nombre aux services sans fil, mais ils adoptent aussi en plus grand nombre les produits sans fil dernier cri. Selon Cisco, 83 % des Canadiens abonnés aux services mobiles sont propriétaires d’un téléphone intelligent. À ce chapitre, le Canada affiche un meilleur rendement que la majorité des pays, et le meilleur parmi les pays du G7.   

La consommation de données sans fil au Canada — à partir de tout type d’application et pour tout type de mode de diffusion confondu — continue de croître à un rythme effréné. La consommation de données mobiles a d’ailleurs fait un bond de 41 % entre 2015 et 2016.

Selon les prévisions, cette tendance se maintiendra : Cisco prévoit que le trafic de données mobiles augmentera de 500 % entre 2016 et 2021, ce qui représente un taux de croissance composé annuel de 38 %.

Une telle hausse de la demande est incroyable. Très peu d’industries — s’il en est une — peuvent espérer et prévoir une croissance de sa demande de 500 %.

La très forte conversion aux services sans fil, les forts taux de pénétration des tout derniers appareils sans fil et la demande toujours croissante pour les données mobiles témoignent du leadership du Canada dans le secteur du sans-fil, et constituent un exemple de réussite en matière d’innovation dont tous les Canadiens ont de quoi être fiers.

Pourtant, certains s’échinent à nous prouver le contraire. Ils veulent faire croire aux Canadiens qu’ils payent non seulement plus pour les services sans fil que toute autre personne dans le monde, mais aussi qu’ils obtiennent des services de moindre qualité.

Voici quelques faits qui briseront de tels mythes…

En ce qui concerne les comparaisons de prix d’un pays à l’autre, il est faux et trompeur de prétendre qu’elles constituent la preuve que les Canadiens en reçoivent moins pour leur argent.

Prenons par exemple le rapport, souvent cité, de Nordicity qui a été commandé par le gouvernement du Canada. Précisons, au bénéfice des auteurs, qu’ils reconnaissent eux-mêmes les limites du cadre méthodologique. 

Ils admettent en effet que les prix fluctuent constamment et que les résultats reflètent seulement les prix en vigueur au moment de l’étude, et ce pour un nombre limité de forfaits de services offerts dans quelques villes internationales, et que du coup, l’étude ne fournit pas une représentation statistique de tous les pays concernés par l’étude.

En fait, l’étude n’a pas non plus tenu compte des plans les plus abordables dans chaque catégorie de niveaux de services. On a plutôt utilisé une moyenne pondérée, ce qui a pour effet de gonfler, jusqu’à concurrence de 40 %, les prix qui sont réellement offerts aux consommateurs.

Malgré ces limites, le rapport de Nordicity conclut néanmoins qu’au Canada, les prix de la plupart des niveaux de services, soit ceux pris en compte dans l’étude, sont plus bas, alors que la qualité et l’accessibilité aux réseaux sans fil sont toujours en hausse.

Par exemple, le prix moyen d’un plan comprenant 1 200 minutes d’appels, 300 textes et 1 Go de données a chuté de 37 % entre 2008 et 2017, alors qu’on a enregistré une inflation de 14 % pour cette période. 

Ne vous méprenez pas; je n’essaie pas de suggérer que les Canadiens ont les prix les plus bas au monde. En règle générale, le rapport de Nordicity, comme d’autres rapports similaires, conclut que les prix au Canada sont comparables, ou même meilleurs dans bien des cas, à ceux d’autres pays, comme les États-Unis et le Japon, mais que les prix des pays d’Europe ont tendance à être moins élevés. 

Ce que ces études négligent toutefois de préciser est que dans les pays affichant des prix moins élevés, le coût des services est souvent beaucoup plus bas et que les Canadiens en obtiennent plus pour leur argent que la plupart des consommateurs des pays avec lequel on compare le Canada.

À l’étranger, on se rend rapidement compte que des tarifs plus abordables se traduisent souvent par des services plus lents et d’une couverture limitée. 

Et c’est loin d’être un détail négligeable. En effet, une telle situation n’est pas sans conséquence sur l’économie des pays et sur la capacité de leur population à être à l’avant-garde en matière d’innovation.

Heureusement, les Canadiens jouissent d’un des meilleurs réseaux 4G au monde, qui dépasse largement celui de nombreux pays en matière de vitesse de téléchargement et de fiabilité. 

Par exemple, selon OpenSignal, les vitesses moyennes de téléchargement sur mobile au Canada figurent parmi les meilleurs des pays du G7 et sont deux fois plus rapides que les moyennes américaines. 

Au Canada, la couverture des réseaux 4G est aussi bien meilleure que celles d’Europe. Elle compte parmi les meilleures au monde. Entre autres, près de 99 % des Canadiens, dans toutes les provinces et tous les territoires, ont accès aux réseaux LTE évolués. 

Voilà un très grand exploit dans un territoire aussi vaste que celui du Canada qui compte relativement peu de consommateurs et où les droits gouvernementaux sont assez élevés[3]. Autrement dit, le coût de construction des réseaux sans fil d’un océan à l’autre est très élevé.

Pourtant, chaque fois qu’une nouvelle génération de technologie sans fil fait son apparition, nos entreprises en télécommunication et leurs vendeurs et fournisseurs associés mettent tout en œuvre pour surmonter les enjeux particuliers du contexte canadien.

Considérés en pourcentage de revenus, leurs investissements permettent au Canada de se classer au quatrième rang parmi les États de l’OCDE et au premier rang parmi ceux du G7[4].

Exception faite des droits de licence, nos entreprises en télécommunication ont investi environ 50 milliards de dollars pour construire les réseaux sans fil de calibre mondial du Canada.

Selon OpenSignal, ces investissements font du Canada un « moteur du LTE ». Qui plus est, « il ne faut aucun doute : le Canada est aujourd’hui une superpuissance mondiale du 4G. Selon toute vraisemblance, peu d’autres pays sont aussi bien préparés que le Canada pour mettre en œuvre la future génération de réseaux 5G[5]. »

Le gouvernement du Canada en est conscient. Dans son discours pour marquer le lancement du projet du corridor ENCQOR 5G, le ministre Bains a dit : « À l’aube de la prochaine phase de la révolution numérique, je suis donc fier de dire que nous sommes, encore une fois, bien placés pour assumer le rôle de chef de file[6]. »

Le sans-fil est un secteur mondial de tout premier plan. Et le Canada en est un leader.

Dans un contexte qui comporte autant d’enjeux environnementaux et géographiques, une faible densité démographique et des coûts de construction élevés, l’entretien et l’amélioration des réseaux dans toutes les provinces et tous les territoires relèvent de l’exploit. Malgré tout, notre rendement dépasse largement celui de la majorité des pays développés en matière de qualité et de couverture.

Je comprends que pour nous, humbles Canadiens, il soit difficile d’admettre que nous sommes les meilleurs à autre chose qu’au hockey. Mais les faits ne mentent pas : les Canadiens en obtiennent plus pour leur argent que les consommateurs de la plupart des autres pays. Les preuves ne manquent pas.

Et maintenant quoi?

Nous devons être fiers de ce que nous avons accompli jusqu’à maintenant, mais ce n’est surtout pas le moment nous reposer sur nos lauriers. Nous n’avons pas le temps d’être complaisants. 

Le leadership du Canada dans le secteur du sans-fil n’est pas le fait du hasard. Il est le fruit de stratégies durables en matière d’investissement et d’innovation qui nous ont permis de construire les réseaux sans fil dont nous jouissons aujourd’hui. 

Un environnement réglementaire stable qui reconnaît la concurrence entre les entreprises a encouragé les entreprises canadiennes à faire de tels investissements, de sorte que le Canada puisse se hisser au rang de leader dans le secteur du sans fil.

Comme je l’ai dit plus tôt, notre parcours en matière de sans-fil est un exemple de réussite. Nous sommes leaders, là, maintenant. Et si nous voulons d’une économie novatrice pour l’avenir, nous devons rester dans la course. Pour cela, nous avons besoin d’un environnement réglementaire stable qui ne mette aucun obstacle à l’investissement. 

Si nous voulons que les prochaines générations de Canadiens puissent jouir de notre leadership en matière de sans-fil, il nous faut aller de l’avant et de manière unie.

À l’ACTS, dès que nous en avons l’occasion, nous rappelons l’importance de la concurrence entre les entreprises. Elle doit être au cœur de nos politiques publiques afin, par exemple, de combler le fossé numérique entre les régions urbaines et rurales et de stimuler la recherche et l’innovation dans le domaine de la télécommunication.

Voilà pourquoi je suis d’avis que la décision du CRTC de maintenir sa position à l’égard des revendeurs de wifi et des MVNO sert l’intérêt des Canadiens.

En maintenant sa décision initiale et sa position de longue date, le Conseil reconnaît l’importance de l’investissement continu par les entreprises de télécommunication comme un moyen de s’assurer que les Canadiens puissent jouir des meilleurs réseaux sans fil au monde.

Des politiques publiques prévisibles et fondées sur les données probantes favoriseront la croissance et l’innovation continues.

Que nous réserve l’avenir?

Où cela nous mènera-t-il? Vers le 5G, évidemment

Le monde entier s’apprête à accueillir la prochaine révolution du sans-fil. En restant dans la course, le Canada pourra maintenir sa position de leader pendant ce prochain virage technologique.

Vous le savez mieux que quiconque, les réseaux 5G offriront des vitesses sans précédent et réduiront presque totalement la latence.

Pensons aux villes intelligentes, à la médecine à distance, à l’agriculture de pointe et aux secteurs manufacturiers. Tout cela, et bien plus, sera possible grâce à la technologie 5G. Elle nous permettra d’être à la pointe de l’innovation, de renforcer l’économie et de créer de bons emplois pour la classe moyenne. Tout autant d’enjeux qui sont au cœur du programme du gouvernement du Canada.

Pour faire sa part, l’ACTS a fondé le Conseil 5G Canada.

En février, le Conseil a tenu un événement dans le cadre duquel il a discuté avec plusieurs intervenants du secteur. Un très grand nombre d’entre eux nous ont dit que la bonne mise en place de l’infrastructure du 5G au Canada ne sera possible que si nous facilitons les processus de réglementation et d’approbation. Dans cette optique, l’ACTS se réunit avec les autorités concernées à tous les paliers du gouvernement.

On nous a également dit qu’il était essentiel d’établir une collaboration et un dialogue continus entre les parties prenantes.

Il est nécessaire que les paliers gouvernementaux, les entreprises de télécommunication et tous les fabricants d’équipement de réseau et d’appareils aient une compréhension commune des enjeux changeants et des occasions que procure le 5G et qu’ils surmontent ensemble les défis, et ce, dès qu’ils se posent afin de s’assurer que le Canada demeure un chef de file dans le domaine du sans-fil.

J’ai entendu le même discours lors de mon passage à Austin, il y a quelques semaines, lors de la conférence 5G pour l’Amérique du Nord. Là-bas, des experts de partout dans le monde ont expliqué comment ils se préparent au virage du 5G.

Cela nous rappelle, à nous aussi, que nous devons continuer de travailler de concert, c’est-à-dire l’industrie, le gouvernement et les décideurs politiques, afin de faire en sorte que le Canada maintienne son rôle de chef de file en matière de télécommunications sans fil.

Pour compléter le travail du Conseil 5G Canada, l’ACTS a aussi commandé une étude de prévisibilité sur les répercussions économiques du 5G au Canada qui, nous l’espérons, sera publiée très prochainement.

Avant de vous quitter, j’aimerais dire une dernière chose à propos de la couverture. Cette carte illustre la couverture LTE à l’Île-du-Prince-Édouard. Nous avons atteint un niveau de couverture de 99,9 %. Voilà sans doute un taux de couverture aussi élevé que celui de Muskoka. En plein vendredi après-midi, il ne faut que deux heures de vol pour relier Toronto depuis l’Île, comparativement à six heures par la 400. Mais je n’irai pas jusqu’à comparer les terrains de golf; ce ne serait pas équitable.

Merci encore à Mark et à Michael de l’invitation. Je nous souhaite une autre année remplie de succès!

[1] 86,2 % des foyers sont abonnés à des services mobiles comparativement à 71,9 %, à des services traditionnels.

[2] 27 % des foyers sont abonnés exclusivement à des services mobiles.

[3] Par exemple, les droits de licence versés par les exploitants canadiens sont parmi les plus élevés au monde.

[4] OCDE, Perspectives de l’économie numérique, octobre 2017.

[5] OpenSignal, State of Mobile Networks: Canada (février 2018) : https://opensignal.com/reports/2018/02/canada/state-of-the-mobile-network (en anglais seulement)

[6] Notes d’allocution de l’Honorable Navdeep Bains, C.P., député, lors du lancement du Fonds stratégique pour l’innovation — Investissement dans le projet ENCQOR, à Ottawa (Ontario), le 19 mars 2018 : https://www.canada.ca/fr/innovation-sciences-developpement-economique/nouvelles/2018/03/fonds-strategique-pour-linnovation–investissement-dans-le-projet-encqor.html.